SOUS
L’EGIDE DE LA SOLIDARITE ET DU PARTAGE
Dr. Saliou Démanguy Diouf
CHRONIQUE SDJ.
La Chronique culturelle de sen24heures.com
Tous les 15 et 30 de chaque mois
« Apprends à couvrir la nudité des hommes avant de couvrir par ta parole
leur nudité morale. » Amadou Hampâté Bâ : Vie et enseignement de
Tierno Bokar le sage de Bandiagara.
Porteurs de
sens de l’hospitalité, devenue si légendaire, au Sénégal, la solidarité
et le partage sont-ils très perceptibles dans notre société
d’aujourd’hui ? Tout semble en effet marqué par des tares placées aux
antipodes du sens profond de nos valeurs séculaires.
Coutumier du sens de la grandeur, le verbe partager (sédëlé) se trouve
au cœur de toutes les actions sénégalaises non teintées d’aliénation,
tout comme la solidarité (Ndimbël) aux sensations d’aide, qui augurent
une immixtion des besoins, des énergies pour l’équilibre et le bonheur
dans la vie sociétale.
Dans nos
sociétés traditionnelles tout était régi par ces valeurs qui
s’exprimaient dans les rites religieux et pendant les initiations :
circoncision, tatouage des gencives qui au-delà des épreuves marquant le
passage de l’adolescence à la vie adulte, étaient des moments
privilégiés pour cultiver la solidarité et le partage. Tout aussi bien
les fêtes agraires marquées par les manifestations sportives, les
mariages, les baptêmes imprégnés d’insouciance, de sagesse et de
noblesse reflétaient ce même sens de la solidarité et ce même sens du
partage.
L’élitisme n’avait pas de place dans un système qui prenait en charge la
globalité de la société. Le travail qui respectait le même principe
combattait et anéantissait la marginalité.
Jusqu’à récemment et encore aujourd’hui des paysans d’un même village,
des parents et amis venant de villages voisins acceptent volontiers de
travailler ensemble dans le champ d’un des leurs pour pallier à une
invalidité ou à l’absence d’un défunt père de famille nouvellement
disparu. Rien n’interdit aux paysans sénégalais de s’inspirer de cette
riche expérience. Par l’organisation de plages horaires pour et par la
solidarité, ils pourraient ainsi travailler ensemble dans un champ
collectif traditionnel annuellement soutenu par le maraîchage et dont
les retombées bénéficieraient à tout le village. Ils pourraient à cet
effet, créer autour d’une coopérative, une banque de céréales pour
mettre fin au rythme de la dépendance aux prêts étatiques, en matière de
semailles, assurant ainsi leur autonomie. Si une telle expérience
pouvait faire l’unanimité de tous nos villages, la sous-alimentation
serait enrayée de notre pays. Il n’y a pas également d’interdiction pour
les immigrés d’un même village, de se solidariser autour d’associations
capables de générer des fonds destinés à créer des centres de santé pour
leur village, d’y promouvoir l’énergie solaire, des pharmacies,
d’acheter des moulins à broyer le mil et des machines à décortiquer
l’arachide. De tels dispositifs remplaceraient les petites mains de nos
femmes si fragilisées par les travaux domestiques. Que ne devons nous
pas faire pour les enfants des Daaras, pour ceux des rues, pour nos
femmes enceintes qui vont accoucher en vélo ou à dos d’âne ? Que ne
devons nous pas faire pour nos jeunes femmes atteintes de fistules pour
avoir accouché à domicile dans des conditions d’hygiène déplorables et
qui sont exclues de nos vies, rejetées par des maris indignes et des
familles dans la précarité?
Est-ce normal que notre société laisse sur le bord de la route des pans
entiers de nos filles, de nos femmes, de nos sœurs, de nos enfants ?
Observez bien donc les rues de Dakar la nuit. La solidarité est partout
convertible en puissance libératrice. Ne perdons donc pas de vue que
nos valeurs qui ont digéré l’épaisseur du temps sont faites pour assurer
non pas seulement, notre droit à la dignité, notre droit à la vie mais
ajouterions-nous, notre droit au bonheur. Au lieu de toujours emprunter
ce que d’autres peuples ont mis en pratique pour leur équilibre, nous
ferions mieux de tracer notre trajectoire à partir des attributs de
notre civilisation au relief aussi sublime que la solidarité et le
partage. Mais tristement le constat des points saillants de la vie
contemporaine laisse voir à quel point nous nous éloignons de
nous-mêmes. Mais pourtant, les discriminés de l’économie mondiale que
nous sommes devraient avec opiniâtreté par la solidarité, agir pour
arriver à bouleverser ce pauvre sens de l’iniquité qui est si
longtemps imposée à notre existence. Notre civilisation qui est la plus
ancienne de la planète (plus de 5300 ans) nous a certainement dotés d’un
héritage suffisant pour satisfaire toutes les grandeurs. L’occident et
par delà, le reste du monde en profitent largement et avec raison, dans
la mesure où nous voulons rester les « dindes de la farce ». Dans cette
descente aux enfers, plaisamment acceptée par nos « gouverneurs », nous
en sommes arrivés à oublier que le premier droit de l’homme est de
manger pour vivre. Qu’est ce qui empêche nos pays de satisfaire ce
droit primaire à toutes nos populations ? Avec cette amnésie proclamée,
sommes-nous vraiment en conformité avec les modèles culturels qui nous
ont produits ? Pour sans doute étayer nos espoirs, Souleymane Bachir
Diagne nous rappelle que « La parole de sagesse ne peut être (…) qu’eau
vive qui toujours se renouvelle dans les temps qui changent pour
continuer de nous parler au présent.» En ces temps de crise, le réalisme
voudrait que ceux qui ont fait le serment de diriger notre cher pays, en
fassent écho devant les dérives de l’égoïsme et celles de la corruption
qui nous tenaillent sans vergogne. Le sens responsable implique un
engagement solidaire pour l’accomplissement de nos devoirs qui sans
cesse nous interpellent et nous intiment l’ordre de trouver des parades
contre l’arrogance, les manifestations ouvertes de l’irrespect, du
mépris craché sur nos valeurs indémodables. Bon dieu, comment beaucoup
de nos compatriotes font-ils pour se ferrer dans des esthétiques qui
n’ont rien à voir avec l’Afrique profonde dont ils n’hésitent pas à
agresser les fondements comme si nous avions choisi un suicide collectif
induit par l’abandon de vos valeurs les plus
salvatrices ?
Nous épousons dangereusement toutes les modes de tortures des sociétés
occidentales qui se leurrent peut-être ou sans doute en croyant trouver
dans l’économisme les moyens de juguler les déviations imposées à
l’humanité et qui suscitent partout des interrogations.
Que de
débats n’avons-nous suivi dans les portails web de notre pays sur les
marques de l’égoïsme, de la violence, de l’homosexualité, des multiples
manifestations du refus de la solidarité et du partage ? Autant de
dysfonctionnements que nos chants initiatiques n’ont pas soulignés.
C’est ce qui donne à beaucoup parmi nous, le courage, de tranquillement,
détourner les deniers destines à l’amélioration des conditions de vie
de nos paysans de Thilogne, Lambaye, Fongolemby, Mboumba, Diaobé, Joal,
Sinthiouba mambé, Diakhaou, Balanta Kounda, Ndianda, Thiéno, Ndiombo,
Ndiobène Diar Yone, Ndondol Codou Ngoye, Kër Samba Gaye, Maka Couli
bantan, Gossas, Mékhèye, Nioro, pour ne citer que ce nombre infime.
Toutes ces écorchures de l’histoire doivent rapidement trouver un arrêt
définitif.
A une
époque pas très lointaine, Aimé Césaire disait au monde entier : « Je
parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le
complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir,
le larbinisme. » Face à la naïveté et à la couardise qui caractérisent
beaucoup de nos compatriotes, il est cependant heureux de constater que
les sénégalais sont très différents face à l’adversité, avec des niveaux
de conscience très élevés, à la fois bien informée et bien formée par
toutes les richesses et toutes les expériences accumulées et
synthétisées par le XXI è siècle mais il y a surtout la consistance de
nos visions d’avant-garde. Nous sommes en effet loin de penser que les
crimes économiques tous abominables et si cyniquement mal jugés
puissent nous divertir au point d’affaiblir chez les vrais patriotes, le
sens de la solidarité citoyenne tout à fait familiale, amicale,
villageoise et républicaine. Ceux qui se donnent la peine de se tenir
debout savent pertinemment que la solidarité est notre puissance dont la
vérité trace les nobles chemins de notre libération socio-économique,
dirions-nous notre développement tout simplement.
Ensemble,
debout, actifs et travailleurs nous pouvons pour la dignité
indispensable et nous devons. Pour la descendance nous devons. Nous
devons pour le respect de la nature et devons tout faire pour faire
correctement tout ce qui peut faire le bonheur des citoyennes et
citoyens de notre cher pays. La conquête de l’intrinsèque est à ce prix.
Certainement que nous reviendrons incha Allah, sur cette question des
valeurs nobles de notre pays que des enfants infidèles veulent jeter
dans les bennes à ordures. Nous y reviendrons absolument car nous
croyons fermement qu’un autre Sénégal est possible et que massivement
nous pouvons le faire.
S.D.J.
Pour adherez
visitez notre site internet:
www.acadsunureew.com

Ensemble, un Autre Sénégal est Possible.
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