
POUR LA DIGNITE INDISPENSABLE !
Dr. Saliou Démanguy Diouf
CHRONIQUE SDJ.
La Chronique culturelle de sen24heures.com
Tous les 15 et 30 de chaque mois
« Jamais le soleil ne se couche sur ce qui est vrai ! Ce que la
nuit cache, le jour le révèle. »
Bernard B. Dadié (théâtre : Monsieur Thôgô-gnini.)
Les interrogations sur l’état de nos cultures se multiplient aux grés des faits, gestes et frasques de nos hommes politiques certes, mais la réalité dont les violences jusqu’ici inédites en laissent plus d’un à la fois perplexe, songeur et amer. Depuis quelques mois en effet, sur les colonnes de notre presse nationale et sur les places publiques de nos régions, villages et quartiers, s’étalent des faits de violence liés à la nouveauté de la perfidie qui s’empare de plus en plus de nos jeunes et des pas très jeunes qui semblent avoir perdu la boussole. D’aucuns s’interrogent sur le pourquoi et le comment du délabrement moral qui cerne nos inquiétudes et alimente les insomnies de nos braves populations. Les patrons de la presse nationale si avides de choux gras « se lèchent les babines » devant la profusion des titres chocs et la nouveauté des faits, dont l’horreur dépasse très souvent l’entendement du sénégalais lambda.
Evidemment que le Sénégal se trouve aujourd’hui empêtré dans un cycle de violence ouverte aux allures gratuites avec la nouveauté d’un cynisme troublant qui griffe, gifle, cogne, égorge, martèle, poignarde, viole, fusille, étouffe, trépane, engrosse, vole, pille et tabasse ses enfants aveuglément, en concomitance avec les incroyables infanticides rendues banales par leur originalité et leur rythme d’exécution. Nous ne pouvons ne pas penser aux mères et aux familles éplorées par la perte d’un des leurs dans les opérations « Barsa ou Barssax » qui dépouillent notre pays de sa fine fleur. Paix sur eux. Nos ancêtres ne sont-ils pas en train de bouger dans leur tombe ?
A force
d’éplucher sur la toile les titres et les revues de presse sénéwebiens,
nous ne pouvons ne pas pointer notre refus d’une guerre sociétale dont
l’indignité fait peu d’honneur à l’esprit de sacrifice de nos
valeureux ancêtres. C’est dire non pas seulement notre chagrin mais
notre compassion devant les souffrances de notre pays auquel nous serons
toujours solidaires. La brutalité des faits et la lenteur des solutions
soulignent la gravité de cette problématique tout à fait nouvelle. Nous
aimerions comprendre comment certains sénégalais sont-ils arrivés au
faîte de l’ignominie en perpétrant des crimes jusque là méconnus et dont
l’horreur s’étale dans notre quotidien de manière effrénée :
meurtres, viols, infanticides, gangstérisme, suicide, blasphème,
harcèlement sexuel, infidélité, racolage, homosexualité, divorce à
répétition, manque de solidarité familiale voire nationale, corruption,
mensonge, trahison, paresse et que savons d’autres ? Mais l’on
peut se demander comment un jeune homme de bonne famille peut-il
accepter de se prostituer avec des touristes européennes âgées de plus
de soixante cinq ans et certainement beaucoup plus vieilles que sa
propre mère ?
Que pensent les conseils répétés des ministres, de la gravité des tours
et tournures qui poussent certains professeurs à massivement mettre
enceinte des collégiens trop souvent mineures ? Devenue monnaie
courante, la cadence des viols en connivence avec la promiscuité et la
répétition des coupures d’électricité donne des allures de jungle à
notre société naguère si paisible. Mais quand des patrons véreux
séquestrent et violent en groupe une petite jeune fille de quinze ans
c’est sans doute le comble. Mais encore quand
des délinquants d’une barbarie nouvelle tuent des jeunes travailleurs,
espoirs de notre société pour leur prendre téléphone et voiture pour
narguer et leur famille et une police mal équipée, c’est une honte
nationale. Où sont donc passés nos sages et nos valeurs séculaires
régulatrices des tensions sociales et porteuses d’étendards de notre
belle et grande civilisation plusieurs fois millénaire ? Le Sénégal et
l’Afrique n’ont-ils pas toujours marqué le reste du monde par leur
sagesse, leurs créativités culturelles, leur probité morale et leur sens
communautaire ?
Nous avons
la conviction que l’éducation de notre peuple est très mal assurée et de
plus en plus diluée dans l’inadéquation de politiques culturelles mal
adaptées au traitement de la nouveauté des enjeux socio-économiques.
Dans un pays comme le nôtre, aujourd’hui classé parmi les pays pauvres
les plus endettés, une rigueur morale devrait émaner des sphères
dirigeantes et faire valeur d’exemple. Nul n’ignore cependant avec
quelle insolence les glorioles de la corruption et les manifestations de
la gabegie s’étalent sous les regards effarés de nos populations
laissées en rade.
Tous ces dérapages liés à la nouvelle donne financière non contrôlée ont
certainement bousculé le respect de nous-mêmes et causé des tares
auxquelles la cohérence d’une bonne politique culturelle devrait servir
non pas seulement de garde fou mais de correcteur et de moteur pour
l’accession à une puissance créative capable de garantir à notre grand
peuple la sécurité alimentaire et la liberté pour lui redonner sa
dignité séculaire.
Dés lors,
notre souci porte sur le comment rendre opérationnelle une éducation
esthétique capable de restituer au quotidien du monde notre vrai visage
en brisant l’échine de nos différentes aliénations. C’est ainsi
seulement que nous serons capables de restaurer les valeurs immanquables
à la réalisation de notre humanité. Qui sommes-nous sans le respect des
aînés et la protection des petits, le respect de la femme dans le couple
et hors du couple, le respect du sacré, de la faune et de la flore ?
Qui sommes-nous sans le respect des valeurs éthiques aussi belles que
l’intégrité, l’esprit de sacrifice, le sens du partage, la
convenance des comportements, le sens de l’honneur, le respect de la
parole donnée, la politesse, la compassion, la droiture ?
Tant que nous accepterons tête baissée comme de vrais moutons,
l’écrasement et la mise en abîme de toutes nos richesses culturelles
nous continuons à nous demander dans quel pays sommes-nous vraiment ?
Et à dangereusement douter de notre honorabilité. Que fait la justice de
notre pays face à la gravité de tous les faits de violence et
d’agression avérés ? Mais pourtant à côté de l’insécurité qui
prévaut dans nos campagnes et nos quartiers populaires, les agences de
gardiennage, de garde de corps fleurissent comme champignons pour
satisfaire la demande sécuritaire d’une élite insouciante. Tout laisse
voir que le laxisme et la corruption prennent le pas sur la volonté
populaire eu égard au rythme effréné de la récidive qui explique la
banalisation des crimes.
Nous ne devrions peut-être pas, par bienséance, vous le dire ou vous rappeler ces faits graves que nous tous savons très bien. Cependant, l’état des silences, allions nous dire celui des complicités guidées par cette lâcheté sans nom hautement observée et qui semble intriguer contre nous tous vivants et contre notre peuple à venir ne pouvaient nous laisser sans voix. Ne trouvez vous pas tout ceci très gênant ? Mais trop long, certainement pas, le questionnement. Qui gère dans notre pays l’esprit et le pouvoir de l’argent souvent mal acquis ? Qui doit faire la critique des agents vautrés dans la bombance et dans la luxure des palais de la disgrâce tout comme la facilité des 4X4, celle des 8X8 et autres gadgets tous gratuits, alors que nos vrais compatriotes dorment le ventre creux avec noblesse, pendant que les récoltes du GOANA pourrissent dans nos campagnes ?
Toutes nos interrogations font appel à des réponses culturelles. Elles interpellent certainement tous ceux qui s’accrochent à la démocratie, à la loyauté vis-à-vis de nous tous, vis-à-vis de notre passé et vis-à-vis de nos descendants. C’est pourquoi notre attentisme, nos silences, nos yeux fermés et notre surdité ne sont qu’abandon de soi, abandon de nos responsabilités, abandon de notre futur. Quand les critères esthétiques d’un peuple se résument à l’argent facile, qui oblige la popularité de l’élitiste et très vulgaire « Mokoo Yorr », c’est tout le pays qui est en danger. Nous reviendrons sur la question des valeurs nobles de notre pays que des enfants infidèles veulent jeter dans les bennes à ordures. Nous y reviendrons absolument car nous croyons fermement qu’un autre Sénégal est possible et que massivement nous pouvons le faire.
SDJ.